La septième édition de « Plumes croisées » s’est intéressée au mur-frontière entre le Mexique et les Etats-Unis et à la manière dont celui-ci est perçu par les dessinateurs de presse de chaque côté. Le projet a pour but de montrer comment ces artistes ont utilisé et intégré dans leur travail cette construction qui avait créé à l’époque la polémique entre les deux pays. Ce mur, qui était une des principales promesses de la campagne présidentielle de Donald Trump en 2016, se voulait alors comme un gage de protection des Etats-Unis contre les menaces censées provenir du Mexique et d’Amérique Latine comme l’immigration illégale et le trafic de drogues.
Au-delà du discours politique, la frontière entre les deux pays est le témoin d’interactions journalières qui réunissent deux grands voisins. Les passages par cet axe vital sont très fréquents et les zones frontalières vivent en échange constant; par exemple, quotidiennement, ce sont 60'000 véhicules qui traversent la frontière entre Tijuana et San Ysidro. Celle-ci est ainsi une ligne de vie économique, reflet de l’importance et de l’interdépendance du commerce entre les deux nations. En effet, le Mexique et le Canada partagent la place de premier partenaire commercial des Etats-Unis. Cette tendance s’est renforcé suite aux tensions commerciales entre ce pays et la Chine. Avec des salaires relativement bas et plus de 80% des de ses exportations vers le marché nord-américain, le Mexique est clairement devenu l’atelier de la région. La signature du nouvel accord de libre-échange USMCA (Etats-Unis, Mexique et Canada) entré en vigueur en juillet 2020 va permettre de pérenniser cette situation.
Bien qu’apparemment très éloignés sur l’échiquier politique, les Présidents mexicain et étasunien entretiennent dans les faits une relation apaisée et un pragmatisme de bon voisinage. Une rencontre des deux présidents en juillet 2020 à Washington à l’occasion de l’entrée en vigueur du traité régional modernisé de libre-échange a publiquement démontré l’entente entre les deux hommes.
La corruption et l’insécurité, due à la violence et à l’impunité omniprésentes dans le pays, sont des problèmes systémiques qui ont depuis des années engendrées des traumatismes importants dans la population et que le Président mexicain López Obrador a promis d’affronter durant son mandat de six ans.
Cette violence impacte fortement la liberté d’expression et de la presse dans le pays. En 2019, on dénombre un total de 609 agressions contre des journalistes, un nouveau record pour le pays. Selon « Reporters sans frontières », avec 10 meurtres de journalistes rien que l’année passée, le Mexique est parmi les pays les plus dangereux du monde pour l’exercice de cette profession, à égalité avec des pays en conflit comme la Syrie. L’ONG « Article 19 » rapporte un total de 133 assassinats de journalistes au Mexique depuis l’année 2000. Cette violence contre les journalistes est alimentée par le fait que les auteurs sont rarement identifiés et présentés à la justice.
La Suisse entretient un dialogue régulier sur les questions des droits de l’homme avec le gouvernement mexicain. La problématique de la sécurité des journalistes dans le pays y est abordée, parmi d’autres thèmes.
La septième édition de « Plumes Croisées » a invité des caricaturistes mexicains et américains, sous la houlette de Patrick Chappatte, à présenter leurs œuvres et leur point de vue sur le mur. Regards et plumes croisés venant du Nord et du Sud, le projet permet d’ouvrir un dialogue sur une installation impactant la vie politique, sociale, et économique des deux nations. Ce projet tient également à rappeler le rôle fondamental du dessin de presse en tant que partie intégrante de la liberté d’expression et comme contribution essentielle à un débat informé et critique.
Prévu comme une exposition itinérante à travers le Mexique, avec une inauguration en mars 2020 dans les locaux de l’Alliance Française à Ciudad Juarez, le projet initial est devenu une galerie virtuelle, épidémie du Covid-19 oblige.