La quatrième édition de « Plumes croisées » prit place en 2010 au Kenya, quelques années seulement après la crise de violence postélectorale qui le secoua entre 2007 et 2008 suite à l’élection présidentielle contestée de décembre 2007. Ce véritable drame humain fit près de 1500 morts et poussa plus de 300 000 personnes sur les routes.
Après une élection serrée, des émeutes éclatèrent dans les bidonvilles de Nairobi afin de protester contre la lenteur du processus de dépouillement ainsi que principalement contre la fraude électorale, aujourd’hui avérée, dont aurait été entachée l’élection. Raila Odinga, perdant de l’élection, accusa le président réélu, Mwai Kibaki, de fraudes électorales et appela les Kenyans à refuser le résultat de l’élection. Cela ne fit qu’empirer la situation.
Malgré plusieurs appels à la réconciliation, notamment du président Mwai Kibaki ainsi que de l’Union africaine et de l’Union Européenne, les émeutes perdurèrent durant le mois de février. Ce n’est qu’après la médiation de Kofi Annan fin février 2008 et la création d’un poste de premier ministre à l’intention de Raila Odinga qu’un accord entre les factions rivales fut finalement signé et que prit fin cette période de grandes troubles. Les stigmates qui en résultèrent perdurent cependant encore aujourd’hui.
Bien que l’ethnicité fût dans une large mesure responsable de la crise politique de 2007-2008, cette dernière fût aussi due à la situation économique interne du pays et notamment des inégalités économiques et des disparités régionales existantes. Les découpages géographiques opérés durant les diverses présidences avant les événements de 2007 avaient fortement contribuées à développer ces disparités et le sentiment de jalousie ambiant qui conduisirent à l’éclatement de la crise.
Le Kenya connait de nombreux problèmes de respect des droits de l’homme et notamment des problèmes écoulant des événements de 2007-2008. Il s’agit en particulier de l’impunité des actes ayant été commis durant la crise de violence. En effet, malgré la création d’une taskforce ayant pour tâche de poursuivre les personnes coupables de violations durant les événements de janvier-février, la plupart des cas n’ont pas encore été traités ou il a été renoncé à les poursuivre.
Un autre problème vient des violations régulières des droits de l’homme par les forces de police et notamment de l’usage excessif de la force par cette dernière ainsi que de son recours régulier à des arrestations arbitraires. De plus, de nombreux cas de mauvais traitements ont été enregistrés dans le cadre de la détention d’individus dans les prisons kenyanes. L’impunité pour ces comportements est souvent de mise et même la récente création d’une autorité indépendante de surveillance de la police ne suffit pas à solutionner ce problème, notamment en raison du peu de budget dont dispose cette dernière pour remplir sa mission.
La situation de l’immigration au Kenya est aussi un facteur d’inquiétude au sujet des droits de l’homme. En effet, plus de 600'000 réfugiés et demandeurs d’asile, pour la plupart d’origine Somalienne, vivent dans des camps. Ils sont l’objet de discrimination et de récurrents abus policiers.
Finalement, le Kenya, bien qu’aucunes exécutions n’aient été pratiquées depuis 10 ans, conserve la peine de mort dans son système pénal et prononce encore aujourd’hui des condamnations à mort.
Dans le cadre du Projet « Plumes Croisées », l’objectif était de démontrer que l’ethnicité ne doit pas être un motif de querelles et d’appel à la violence. Cette dernière avait été instrumentalisée dans une large mesure durant les événements de 2007-2008.